En bref

Depuis le 1er octobre 2019, les art. 43a et 43b LPGA permettent aux assurances sociales de faire observer secrètement un assuré en cas d’indices concrets d’abus, uniquement dans un lieu librement accessible ou visible depuis un tel lieu. Les spécialistes mandatés doivent détenir une autorisation de l’OFAS : personnes physiques, formation juridique et formation en observation, au moins 12 observations en 5 ans, émolument de CHF 700, validité de 5 ans.

Un régime fédéral à part

L’observation des assurés n’est pas une filature privée comme les autres. Elle repose sur une base légale spécifique, dont le texte a été adopté le 16 mars 2018. Elle est inscrite dans la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA, RS 830.1), aux art. 43a et 43b, et précisée par l’ordonnance (OPGA), aux art. 7a à 7g. Ces règles sont en vigueur depuis le 1er octobre 2019.

Elles concernent les assurances sociales soumises à la LPGA. Un détective qui veut travailler pour elles doit remplir des conditions fédérales, en plus du droit cantonal.

Formulaire de déclaration de sinistre posé à côté d’une paire de béquilles

Quand une assurance peut-elle faire observer un assuré ?

L’art. 43a LPGA fixe des conditions cumulatives :

  • il existe des indices concrets laissant supposer que l’assuré perçoit ou tente de percevoir des prestations indues ;
  • les autres mesures d’instruction sont vouées à l’échec ou seraient excessivement difficiles ;
  • l’observation se déroule uniquement dans un lieu librement accessible, ou dans un lieu visible depuis un lieu librement accessible ;
  • elle dure au maximum 30 jours sur une période de 6 mois, période qui peut être prolongée de 6 mois si des motifs suffisants le justifient.

L’assuré doit être informé de l’observation, au plus tard avant que la décision sur les prestations soit rendue.

Le cadre de l’observation selon les art. 43a et 43b LPGA
PointRègle
Condition de départIndices concrets d’abus, autres mesures vouées à l’échec
LieuxLieu librement accessible ou visible depuis un tel lieu
Durée30 jours au plus sur 6 mois, prolongeable de 6 mois
Instruments de localisationSeulement avec une autorisation judiciaire (art. 43b LPGA)
Information de l’assuréAu plus tard avant la décision
Exécutant externeSpécialiste titulaire d’une autorisation OFAS

Le GPS : seulement avec un juge

L’art. 43b LPGA traite à part les instruments de localisation : ils ne peuvent être utilisés qu’avec une autorisation judiciaire. Ce point est essentiel : le législateur n’a pas voulu laisser une assurance, ni le spécialiste qu’elle mandate, poser un traceur de sa propre initiative. Ce que cela implique pour un détective mandaté par un particulier est expliqué sur la page traceur GPS.

L’autorisation OFAS de spécialiste en observation

Une assurance peut confier l’observation à un spécialiste externe. Celui-ci doit détenir une autorisation de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Le guide de l’OFAS sur la procédure d’autorisation, dans sa version de mars 2026, précise les conditions.

Qui peut demander l’autorisation ?

  • Uniquement des personnes physiques. Une société ne peut pas être titulaire de l’autorisation ; ce sont les observateurs eux-mêmes qui la demandent.
  • Un casier judiciaire sans infraction en lien avec l’activité.
  • Une formation juridique reconnue, selon la liste de l’annexe I de l’OPGA.
  • Une formation de base en observation, dans un corps de police ou une formation équivalente.
  • Une expérience d’au moins 12 observations au cours des 5 dernières années.

Coût, durée et limites

L’autorisation OFAS en chiffres
ÉlémentDétail
ÉmolumentCHF 700
Validité5 ans
Autorisation cantonaleNon remplacée : elle reste exigée là où le canton l’impose
PublicitéInterdiction d’utiliser l’autorisation à des fins publicitaires

L’autorisation OFAS ne remplace pas l’autorisation cantonale. Un spécialiste qui observe à Genève doit aussi détenir l’autorisation LAInt délivrée après dépôt du dossier à la BASPE. Voir Genève, Neuchâtel et le tableau des cantons.

Ce que ce cadre exige sur le terrain

Le compteur de 30 jours sur 6 mois change la manière de travailler. Chaque journée d’observation compte. Le spécialiste ne peut pas « rester au cas où » : il doit préparer chaque journée, choisir les moments utiles et noter avec précision le début et la fin de chaque intervention.

  • Le repérage se fait avec soin : où se placer pour rester dans un lieu librement accessible, quelles scènes sont visibles sans pénétrer dans le domaine privé.
  • Le journal de bord enregistre chaque jour d’observation, pour que l’assurance puisse démontrer le respect de la durée maximale.
  • Les images montrent des gestes et des activités, pas l’intérieur d’un logement ni un jardin clos.
  • Le rapport reste strictement factuel. L’appréciation médicale ou juridique appartient à l’assurance et, le cas échéant, au juge.

L’assuré sera informé de l’observation. Il pourra faire valoir ses arguments contre les constats. Un rapport approximatif devient alors une faiblesse pour l’assurance et pour la réputation de celui qui l’a rédigé.

Pourquoi l’interdiction de publicité compte

L’autorisation OFAS n’est pas un label de qualité à afficher. Le guide de l’OFAS interdit de l’utiliser en publicité. Un site qui présente une « agence agréée OFAS » commet donc deux erreurs : l’autorisation est personnelle, pas liée à une agence, et elle ne peut pas servir d’argument commercial.

Une formation de détective suffit-elle ?

Non. L’OFAS exige une formation juridique reconnue figurant dans l’annexe I de l’OPGA, une formation de base en observation et une expérience pratique d’au moins 12 observations en 5 ans. Aucune formation privée de détective, en ligne ou en présentiel, ne délivre à elle seule cette autorisation, et aucune n’est reconnue au niveau fédéral.

Une formation sérieuse peut en revanche vous apprendre la méthode de l’observation, la tenue d’un journal de bord, la rédaction d’un rapport et le cadre légal. C’est la base sur laquelle se construit l’expérience exigée ensuite. Elle ne garantit ni l’autorisation OFAS ni une autorisation cantonale.

Les mêmes règles de fond que pour toute observation

Le régime LPGA reprend, en plus strict, la logique qui vaut pour tout détective : observer ce qui est visible depuis l’espace public, ne jamais entrer dans le domaine privé, ne pas écouter, documenter de manière traçable. Les pages filmer ou photographier et preuve au tribunal détaillent ces points.

Pour les observations demandées par un employeur ou un assureur privé hors LPGA, c’est le droit commun qui s’applique : art. 28 CC, Code pénal et LPD.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’autorisation OFAS de spécialiste en observation ?

C’est l’autorisation fédérale que doit détenir une personne mandatée par une assurance sociale pour observer un assuré selon les art. 43a et 43b LPGA.

Combien coûte l’autorisation OFAS ?

L’émolument est de CHF 700 et l’autorisation est valable 5 ans.

Une société peut-elle obtenir l’autorisation OFAS ?

Non. Seules les personnes physiques peuvent la demander.

L’autorisation OFAS remplace-t-elle l’autorisation cantonale ?

Non. Elle s’ajoute à l’autorisation cantonale là où le canton en exige une, par exemple à Genève.

Une assurance peut-elle poser un GPS sur la voiture d’un assuré ?

Seulement avec une autorisation judiciaire préalable (art. 43b LPGA).