Il n’existe ni barème officiel ni statistique fiable sur le revenu des détectives privés en Suisse. La plupart sont indépendants : leur revenu dépend de leur tarif horaire, librement fixé, et surtout du nombre de mandats. D’expérience, avec 3 à 4 mandats par mois, un détective qui a construit sa clientèle peut en vivre confortablement.
Salarié ou indépendant : de quel revenu parle-t-on ?
Le mot « salaire » est trompeur pour ce métier. Les postes salariés de détective existent, mais ils sont rares. La grande majorité des détectives travaillent à leur compte ou dirigent une petite agence. Leur revenu n’est donc pas un salaire fixe : c’est ce qui reste du chiffre d’affaires une fois les charges payées.
Aucune source officielle ne publie de chiffres sur les revenus des détectives en Suisse. Les portails d’emploi qui affichent des montants le font sans données réelles. Les ordres de grandeur présentés sur cette page sont issus de plus de 25 ans d’expérience de l’auteur sur le terrain à Genève et dans le canton de Vaud. Ce ne sont pas des statistiques.

Comment un détective privé fixe-t-il ses tarifs ?
Il n’existe pas de barème officiel. Chaque professionnel fixe ses prix librement. Le marché s’est toutefois organisé autour d’une logique commune : un tarif horaire, plus les frais.
Le tarif horaire varie selon trois facteurs :
- L’expérience du détective : un professionnel reconnu par les avocats facture davantage qu’un débutant.
- La zone géographique : les grandes villes supportent des tarifs plus élevés.
- Le type de client : particulier, avocat ou assureur.
S’y ajoutent les frais annexes :
- la rédaction du rapport d’enquête ;
- les déplacements (kilomètres), le stationnement et les repas ;
- le temps d’attente sur le terrain ;
- le matériel spécifique, le cas échéant.
Comment calculer son tarif plancher ?
Avant de regarder ce que pratiquent les autres, calculez ce qu’il vous faut. La méthode est simple :
- Additionnez vos charges fixes annuelles : assurances, cotisations sociales, véhicule, téléphone, logiciels, site web.
- Ajoutez le revenu annuel que vous visez.
- Divisez le total par vos heures réellement facturables sur l’année, pas par vos heures de présence. La prospection, la comptabilité et les déplacements non facturés n’en font pas partie.
Le résultat est votre plancher. En dessous, vous travaillez à perte. Brader ses tarifs pour décrocher les premiers clients est l’un des pièges classiques des débuts : il est ensuite très difficile de les remonter.
Chiffre d’affaires et revenu : ne pas confondre
Le montant facturé au client n’est pas ce qui arrive dans votre poche. Comme indépendant, vous payez vous-même vos cotisations sociales auprès de votre caisse de compensation AVS, votre assurance RC professionnelle, votre véhicule, votre matériel, votre téléphone, vos logiciels et votre site web. Vous n’avez ni vacances payées ni indemnité en cas de maladie, sauf si vous vous assurez vous-même.
C’est pourquoi le calcul du tarif plancher est indispensable. Un tarif horaire qui paraît élevé vu de l’extérieur couvre en réalité toutes ces charges, plus les heures non facturées. Faites valider vos calculs par une fiduciaire dès la première année.
Les revenus sont aussi irréguliers. Certains mois sont chargés, d’autres calmes. Une réserve de trésorerie et la règle de la provision permettent de traverser ces variations sans stress.
Quels mandats rapportent, et comment ?
Le marché suisse repose sur quelques types de missions récurrentes. Leur rentabilité dépend surtout du temps qu’elles demandent.
| Mission | Contenu habituel | Nature du travail |
|---|---|---|
| Enquête conjugale | Généralement 2 à 3 jours d’observation et un rapport détaillé | Terrain |
| Recherche de personne | Localiser un débiteur, un héritier, un témoin | Surtout bureau : OSINT, registres, contacts |
| Vérification pré-emploi | Vérifier références et diplômes d’un candidat | Bureau |
| Constat pour avocat | Observation ciblée, rapport destiné à la justice | Terrain et rédaction |
| Observation pour assurance (LPGA) | Mission encadrée par l’art. 43a LPGA, mandatée par un assureur social | Terrain, sous autorisation OFAS |
L’enquête conjugale est la mission la plus fréquente pour un indépendant. Les recherches de personnes et les vérifications sont moins coûteuses en temps de terrain et complètent bien le planning. L’observation pour les assurances sociales, elle, nécessite une autorisation fédérale aux exigences élevées : voir observation des assurés et autorisation OFAS.
Combien de mandats pour en vivre ?
D’expérience, avec 3 à 4 mandats par mois, un détective qui a construit sa clientèle peut en vivre confortablement. C’est un ordre de grandeur de terrain, pas une garantie : tout dépend de la taille des mandats, de vos tarifs et de vos charges.
Le plus dur n’est pas la facturation. C’est de trouver les premiers mandats, puis de les rendre réguliers. La différence entre un détective qui vivote et un détective qui vit bien de son métier tient presque toujours à la qualité de son réseau de prescripteurs.
Quels sont les coûts de lancement ?
Bonne nouvelle : le coût de lancement est bien plus bas qu’on l’imagine. En raison individuelle, la structure juridique la plus simple, il faut compter :
- l’inscription au registre du commerce (facultative en dessous de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel, mais elle renforce la crédibilité) ;
- l’autorisation cantonale, là où elle existe : CHF 500 à Genève, plus CHF 100 pour la carte professionnelle ; caution de CHF 3 000 dans le Jura ;
- l’assurance RC professionnelle ;
- le matériel de base : un bon appareil photo, un véhicule discret, un téléphone.
Pas de local obligatoire au début : vous pouvez travailler depuis chez vous. Pas de salariés. Pas de stock. C’est un métier de service avec des charges fixes très basses. Le détail des démarches est sur la page ouvrir son agence de détective privé, et les montants officiels par canton sur la page autorisations par canton.
TVA : l’assujettissement devient obligatoire à partir de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel. En dessous, vous facturez sans TVA.
Où trouver ses premiers clients ?
Les premiers mandats ne viennent pas d’Internet. Ils viennent des avocats. Les avocats spécialisés en droit de la famille (divorces, gardes d’enfants) et en droit du travail (licenciements, arrêts maladie suspects) ont régulièrement besoin d’un détective. Quand ils en trouvent un de confiance, ils le gardent.
Un seul bon avocat prescripteur peut représenter plusieurs mandats par an. Trois ou quatre avocats fidèles, et vous avez une base de clientèle stable.
Les particuliers viennent ensuite, par Google et le bouche-à-oreille. Votre meilleur argument commercial reste un rapport impeccable : c’est lui que l’avocat montrera au juge, et dont il se souviendra pour le dossier suivant.
La règle d’or : toujours demander une provision
Ne commencez jamais une mission sans avoir reçu une provision, que le client soit un particulier, un avocat ou un assureur. La provision est versée avant le début des opérations.
Un client qui refuse de payer d’avance n’est pas sérieux. Une enquête conjugale ne se facture pas après coup à un client qui a déjà obtenu sa réponse. Cette règle protège votre trésorerie et cadre la relation professionnelle dès le départ.
Elle va de pair avec un contrat de mandat écrit : objectif, durée estimée, tarif, frais, provision et conditions de résiliation. Un contrat clair évite la grande majorité des litiges.
Ce qui fait baisser le revenu réel
- Les heures non facturées : prospection, comptabilité, déplacements, attente non prévue au contrat.
- Les impayés, quand la provision n’a pas été demandée.
- Les tarifs trop bas fixés au démarrage et jamais révisés.
- Les mandats refusés ou abandonnés parce qu’ils étaient illégaux dès le départ. Mieux vaut les identifier au premier entretien.
- L’absence d’assurance RC : un seul litige peut effacer des mois de revenu.
Pour comprendre le quotidien qui se cache derrière ces chiffres, lisez le métier de détective privé. Pour le parcours complet, devenir détective privé en Suisse.
Questions fréquentes
Combien gagne un détective privé en Suisse ?
Il n’existe aucune statistique officielle. La plupart sont indépendants et leur revenu dépend du nombre de mandats. D’expérience, 3 à 4 mandats par mois permettent à un détective établi d’en vivre confortablement.
Existe-t-il un tarif officiel pour les détectives ?
Non. Chaque professionnel fixe librement son tarif horaire, auquel s’ajoutent les frais de rapport, de déplacement et de matériel.
Combien de temps dure une enquête conjugale ?
Généralement 2 à 3 jours d’observation, suivis d’un rapport détaillé. La durée réelle dépend de la situation.
Faut-il facturer la TVA ?
Seulement à partir de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel, seuil d’assujettissement obligatoire.
Faut-il demander une avance au client ?
Oui. Une provision versée avant le début des opérations protège votre trésorerie et filtre les clients peu sérieux.
