En bref

Une filature réussie repose sur la préparation, la patience et la discrétion : en pratique, une mission se compose à 80 % d’attente et à 20 % de mouvement. En Suisse, suivre et photographier une personne dans l’espace public est en principe admis, à condition de ne pas la harceler. Filmer un lieu privé, entrer sur une propriété ou enregistrer une conversation reste interdit.

Dans les films, le détective suit sa cible à trois mètres derrière, caché derrière un journal. Dans la réalité, une filature réussie est surtout une affaire de préparation, de patience et de discrétion. Voici comment se déroule une vraie surveillance en Suisse, du repérage au rapport.

Filature, observation, surveillance : quelle différence ?

  • L’observation est statique : l’enquêteur reste à un point fixe, souvent dans un véhicule, et note les allées et venues.
  • La filature est dynamique : l’enquêteur suit une personne qui se déplace, à pied, en voiture ou en transports publics.
  • La surveillance désigne l’ensemble de la mission, qui combine généralement les deux.

Dans la pratique, une mission se compose à 80 % d’attente et à 20 % de mouvement. Un détective qui ne supporte pas l’attente ne tiendra pas longtemps dans ce métier.

Étape 1 : la préparation

Infographie : préparer une mission d'observation (repérage, matériel, horaires)

Une filature se gagne avant de commencer. Le détective rassemble :

  • une photo récente et une description de la personne ;
  • ses adresses connues, son lieu de travail, ses horaires habituels ;
  • le ou les véhicules qu’elle utilise, avec les plaques ;
  • un repérage des lieux : sorties de l’immeuble, places de stationnement, axes de circulation, arrêts de bus.

Ce repérage se fait idéalement la veille, à la même heure, pour éviter les surprises : un parking privé fermé, une rue à sens unique, un chantier.

Étape 2 : le dispositif

Seul, un enquêteur peut tenir une observation. Mais une filature en voiture se perd facilement : un feu rouge, un rond-point, un parking souterrain. C’est pourquoi les agences travaillent souvent à deux véhicules, voire plus pour les missions sensibles. C’est ainsi que travaille par exemple GP Investigation à Genève et dans le canton de Vaud.

Le matériel de base

  • Un véhicule banal, ni neuf ni voyant, dans une couleur courante.
  • Un appareil photo avec téléobjectif et un smartphone de secours.
  • Un carnet ou une application pour noter les heures à la minute.
  • De l’eau, de quoi manger, une batterie externe.

Étape 3 : la filature elle-même

À pied

L’enquêteur garde une distance qui varie selon la foule : plus la rue est vide, plus il s’éloigne. Il change d’apparence avec des moyens simples (veste, casquette, lunettes) et évite tout contact visuel.

En voiture

Le détective laisse un ou deux véhicules entre lui et sa cible. Il respecte strictement la loi sur la circulation routière : aucun feu rouge grillé, aucun excès de vitesse. Une infraction met en danger, compromet la mission et peut être retenue contre lui.

En transports publics

Plus délicat : l’espace est réduit et la cible peut descendre au dernier moment. L’enquêteur se place de façon à voir les portes sans être dans le champ de vision direct.

Étape 4 : documenter

Chaque événement est noté avec l’heure exacte, le lieu et ce qui a été observé. Les photos sont horodatées. Ces notes deviennent la colonne vertébrale du rapport. Un rapport flou (« vers midi, il est sorti ») perd toute valeur face à un avocat adverse. Sur ce point, voir la valeur d’un rapport de détective comme preuve.

Ce que la loi permet et interdit

En Suisse, suivre et photographier une personne dans l’espace public est en principe admis, à condition de ne pas la harceler. En revanche :

  • photographier ce qui se passe dans un domicile ou un lieu privé non visible du public est punissable (art. 179quater CP) ;
  • pénétrer dans une propriété privée sans droit constitue une violation de domicile (art. 186 CP) ;
  • enregistrer une conversation sans consentement est interdit (art. 179bis et 179ter CP).

Le détail des règles sur l’image est expliqué dans notre page filmer et photographier : ce que dit la loi. Pour les surveillances d’assurés, la LPGA (art. 43a) encadre précisément ce que les assureurs peuvent faire et dans quelles conditions.

Les erreurs qui font échouer une filature

  1. Rester trop près par peur de perdre la cible.
  2. Croiser son regard deux fois : la troisième, vous êtes repéré.
  3. Garder le même véhicule toute la journée devant la même porte.
  4. Ne pas avoir prévu de plan B si la cible prend un taxi ou un train.
  5. Noter les heures « de mémoire » à la fin de la journée.

Apprenez la filature avec un professionnel

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